Accueillir un employé après une absence pour maladie

L’idée d’aborder la gestion du retour au travail après un arrêt pour maladie m’est venue de l’actualité. On y parle beaucoup de détresse psychologique et de problèmes de santé mentale. Il ne s’agit évidemment pas d’un nouvel enjeu. Depuis plusieurs années déjà les troubles de santé mentale sont l’une des plus importantes causes d’absentéisme au travail.

Les raisons pour lesquelles un employé part en congé de maladie peuvent varier :

  • Une maladie peut être physique (ex. : cancer) ou psychologique (ex. : dépression)
  • Être de courte ou de longue durée
  • Être variable en intensité

Les conseils suivants doivent donc être adaptés en fonction de l’individu, de son contexte et de votre organisation.

 

Préparer le retour pendant le congé

Vous vous demandez peut-être si vous pouvez communiquer avec l’employé pendant son absence?

D’emblée, je vous confirme que vous avez le droit de le faire. Toutefois, il vous faut évaluer la situation afin de déterminer s’il s’agit d’une bonne idée ou non. Dans plusieurs cas, le maintien de la communication est un atout important dans le bon déroulement du retour au travail. Cela permet, entre autres, de maintenir le sentiment d’appartenance à l’équipe et à l’organisation et d’avoir des effets positifs sur la confiance en soi du travailleur. Cela dit, je vous suggère de valider avec l’employé s’il souhaite être contacté ou non, et de respecter, dans la mesure du possible, ce qui vous est demandé.

Selon la situation et les besoins exprimés par l’employé, vous pouvez envoyer une carte, des fleurs ou encore faire un appel téléphonique. Dans ce dernier cas, les objectifs sont de prendre des nouvelles (Comment te sens-tu? –  Comment est-ce que ça se passe pour toi?) et de le rassurer sur votre soutien (Puis-je faire quelque chose pour t’aider à te rétablir?). Vous pouvez aussi donner des nouvelles des collègues ou des événements au sein de l’entreprise qui ne touchent pas directement au travail de la personne absente.

 

Avoir un plan de retour au travail

Le retour au travail d’un employé après une absence pour maladie ne s’improvise pas. Il vous faut un plan!

Impliquez l’employé dans l’élaboration du plan de retour au travail

Prévoyez une rencontre avec l’employé une à deux semaines avant son retour au travail. Ce dernier est le mieux placé pour revoir ses façons de faire, organiser son travail et exprimer ce qu’il vit dans le cadre du travail. Cela lui donnera le sentiment d’avoir du pouvoir sur le contexte d’exercice de son travail, ce qui aura un impact positif sur son rétablissement et sur la réussite de son retour en entreprise.

Voici des exemples de questions pour guider vos échanges :

  • Comment envisages-tu ton retour?
  • Quels sont les aspects de ton travail que tu as hâte de retrouver?
  • Quelles sont tes appréhensions?
  • Souhaites-tu un dîner de retour avec tes collègues?
  • Préfères-tu plutôt que ton retour se fasse discrètement?
  • Es-tu prêt à aborder ou non avec tes collègues les raisons qui ont mené à ton arrêt de travail?

  Prenez en considération les éléments suivants

  • Ayez un plan de retour au travail flexible en ce qui a trait à l’organisation du travail (travail allégé ou tâches modifiées, flexibilité de l’horaire, partage des tâches avec un collègue, aménagement du poste de travail).
  • Diminuez les attentes pendant la période de réintégration au travail (responsabilités, complexité des dossiers, nombre de projets, objectifs).
  • Prévoyez du temps pour les rendez-vous médicaux ou de soutien psychologique.
  • Incluez des suivis réguliers pour vous assurer que tout se déroule bien. Je vous suggère d’effectuer un suivi par semaine pendant les premiers mois. Ces suivis sont réalisés en continu pendant 3 mois, en moyenne. Cependant, selon le cas, les suivis peuvent se prolonger jusqu’à 1 an et même plus.

 

Le rôle du superviseur et des collègues

Afin de faciliter le retour au travail de l’employé absent, il est important d’être conscient des émotions qui peuvent être ressenties par le travailleur :

  • La peur de ne pas être prêt à retourner travailler
  • Les craintes face aux changements effectués à ses tâches, aux procédures, au sein de l’équipe, etc.
  • Les doutes au sujet de sa capacité à bien fonctionner et à retrouver la même productivité qu’auparavant
  • La crainte de ne plus avoir de place au sein de l’équipe
  • La peur d’être perçu par les autres comme faible ou incapable de supporter la pression

Aux craintes peut s’ajouter un sentiment de culpabilité d’avoir laissé ses collègues avec un surplus de travail.

Dans ce contexte, le superviseur et les collègues ont un rôle important à jouer. À titre de gestionnaire, vous devez rencontrer l’équipe pour l’informer de la date de retour, de l’horaire et des tâches attribuées à la personne pour éviter toute perception négative ou rumeur. Prenez aussi le temps de discuter avec l’équipe pour comprendre les perceptions et répondre aux questions et aux préoccupations. Les collègues, quant à eux, ont pour rôle d’accueillir la personne avec empathie et de se montrer disponibles pour aider et collaborer. Il est aussi important de ne pas être intrusif et de respecter le choix de la personne de divulguer ou non certains aspects de son congé de maladie. Évitez d’inonder l’employé de questions ou d’exagérer la sympathie (victimiser la personne ou montrer de la pitié).

 

Le premier jour

Journée importante! Vous devez prévoir tout le déroulement de cette journée. Créez une liste afin de vous assurer que vous n’oubliez rien.

Comme lors de l’accueil et de l’intégration d’un nouvel employé, vous pouvez nommer une personne-ressource à laquelle l’employé pourra se référer en cas de besoin.

À la fin de la journée, rencontrez l’employé pour faire le bilan et évaluer avec lui si des ajustements sont nécessaires. Cette rencontre permet aussi de répondre aux questions ou aux inquiétudes de la personne au sujet du travail, des attentes, de la productivité, etc.

 

L’importance du rôle de l’organisation

Trop souvent, les organisations misent sur des interventions axées sur les facteurs individuels (traitements médicaux, soutien psychologique, techniques de relaxation, etc.) visant à améliorer la capacité des travailleurs à gérer leur stress et à supporter la pression grandissante. Pensez à agir également sur l’environnement de travail (pratiques de gestion, organisation du travail, etc.) pour favoriser le bien-être en emploi de tous vos employés.

 Actions possibles au sein de l’organisation

  • Revoir les responsabilités, les tâches et les rôles pour mieux équilibrer la charge de travail
  • Agir sur les conditions et l’organisation du travail (échéanciers, autonomie décisionnelle)
  • Reconnaître la contribution individuelle
  • Agir sur la culture et les valeurs de l’organisation pour mettre les employés au cœur du capital de l’entreprise
  • Définir clairement les attentes de la direction grâce à des objectifs clairs, mais surtout réalistes

 

Un mot sur la sensibilisation

Les organisations ont aussi un rôle de sensibilisation à jouer auprès des gestionnaires et des employés afin de prévenir les préjugés à l’endroit des travailleurs absents et éviter leur stigmatisation lors du retour au travail.

Ainsi, la personne retourne au travail dans un milieu sain et positif.

 

Karine Boutin, c.o.
Conseillère en emploi et aux entreprises